L'offensive des chrétiens évangéliques sur les enterprises
Avec la réélection de George W. Bush, l'influence des chrétiens évangéliques sur la politique des Etats-Unis est toujours plus prégnante. Après avoir pesé sur des choix de société relatifs à l'avortement, à l'homosexualité ou à la recherche scientifique, ce courant religieux s'attaque maintenant à l'entreprise, forçant les patrons américains à s'interroger sur les limites de leur rôle. "Le choc des cultures a fini par atteindre le monde de l'entreprise", estime Business Week dans un éditorial. L'hebdomadaire américain consacre un long article à la façon dont "les entreprises s'inclinent devant les activistes". Au premier rang de ces activistes se trouvent les chrétiens évangéliques. Selon l'hebdomadaire économique américain, le nombre d'entreprises qui se laissent influencer par cette église protestante se multiplient. Même le géant Microsoft tremble devant leur colère religieuse.
Business Week raconte comment le géant de l'informatique, qui se veut pourtant une entreprise progressiste, a retiré son soutien à une loi pour la promotion des droits des homosexuels dans l'Etat de Washington à la suite des critiques d'un pasteur évangélique local. Après de nombreuses contestations des employés, Microsoft a fini par revenir sur sa décision et a promis son soutien pour le prochain vote de la loi. Mais l'hésitation du géant a suffi à lancer le débat sur la position des entreprises dans l'Amérique contemporaine. "Quand une entreprise doit-elle prendre position sur des grandes questions de société et quand ne le doit-elle pas?", interrogeait le directeur général de Microsoft Steven Ballmer dans un e-mail de réponse à ses employés outrés de voir l'entreprise céder à l'injonction pastorale.
Pour Business Week, de plus en plus de patrons vont devoir se poser cette question, face aux pressions des activistes de tous bords. S'il est vrai que les lobbies homosexuels essaient aussi d'influencer les compagnies, ce sont les groupes conservateurs qui font le plus de bruit, affirme le magazine. Les groupes de chrétiens évangéliques sont les plus virulents, et vont jusqu'à lancer des campagnes de boycott contre les entreprises qui soutiennent les droits des homosexuels ou la recherche sur les cellules souches, rapporte l'hebdomadaire.
Le religieux s'ingère aussi peu à peu dans le quotidien des employés, relate le Los Angeles Times. "Avec les chrétiens évangéliques en première ligne, la foi s'insinue dans les entreprises, qui pendant des années ont résisté à toute revendication religieuse", explique le quotidien californien. De grosses entreprises comme AOL, Ford ou American Airlines se voient touchées par cette tendance. Certes, les compagnies posent des limites strictes à la pratique religieuse sur le lieu de travail. Les prières ne sont par exemple autorisées que pendant les pauses ou l'heure du déjeuner, et le prosélytisme est formellement interdit. "Malgré ces limites, la religion s'introduit dans les bureaux et change l'atmosphère du lieu de travail", assure le journal.
Depuis les années 1980, des employeurs autorisent leurs salariés à travailler par affinités en constituant des groupes de travail par orientation sexuelle ou origine ethnique, par exemple. Des chrétiens ont donc aussi demandé à former de tels collectifs, raconte le LA Times. Mais la constitution de groupes religieux inquiète les entreprises qui refusent donc parfois d'accéder à ces demandes, de peur de faire face à des poursuites pour prosélytisme ou harcèlement religieux. Le Los Angeles Times pointe la pression indirecte que pourrait faire naître la présence de ces groupes au sein de l'entreprise: "Des bibles posées en évidence sur les bureaux, la pression latente pour se joindre à un groupe religieux dirigé par un directeur, ou le sentiment désagréable que votre voisin de bureau prie pour votre salut." Coca-Cola ou General Motors font parti des sociétés qui refusent ces groupes religieux, alors que les deux acceptent les groupes ethniques par exemple.
"Que peuvent faire les entreprises pour combattre ce puissant lobby?" s'interroge Business Week. Les patrons ne savent pas toujours de quelle manière réagir. "Alors qu'une compagnie doit clairement peser sur des questions économiques comme le commerce et la législation environnementale, la frontière est plus floue sur d'autres sujets comme le mariage gay, l'avortement ou la peine de mort", estime l'hebdomadaire économique pour qui les entreprises doivent préserver le pluralisme et la diversité. "Ne servir qu'un groupe, même s'il est virulent, au détriment des autres, ne peut mener qu'au désastre", estime Business Week.
Hamdam Mostafavi



